
Du musée Guggenheim à Guernica : un voyage entre
art et mémoire
Petite précision : ce résumé reflète avant
tout mes impressions personnelles et ma manière de vivre et de raconter
ce voyage. Il ne prétend donc pas traduire automatiquement le ressenti
ou le point de vue de l’ensemble du groupe. Chacun a pu avoir ses
propres impressions, émotions et souvenirs personnel de ces deux
journées.
Un départ à sept heures et demie de Saint-Bertrand nous
mène, à midi et demi, devant le restaurant à Bilbao.
Nous
y sommes accueillis avec une fébrilité qui nous surprend, et l’on nous
sert avec une rapidité tout aussi étonnante. À peine l’assiette est-elle
vidée qu’elle nous est retirée pour laisser place à la suite. De la
sangria au café, quarante-trois personnes servies en trois quarts
d’heure avec une telle rapidité : c’est un record !
À peine le café servi, on nous pousse gentiment dehors
et nous cheminons vers le musée Guggenheim, situé à cinq minutes à peine
du restaurant.
Et là, un immense chien fleuri nous accueille :
Puppy, l’œuvre de Jeff Koons, se dresse devant l’architecture
spectaculaire du musée Guggenheim, conçue par l’architecte
canado-américain Frank Gehry. Avec ses formes courbes et son
revêtement de titane, le bâtiment évoque un immense navire échoué au
bord de la rivière du Nervión.
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Nous faisons le tour du musée par l’extérieur et
découvrons plusieurs œuvres monumentales. Nous nous arrêtons notamment
devant **Grand arbre et l’œil d’Anish Kapoor**, une étonnante sculpture
composée de nombreuses sphères métalliques réfléchissantes. Elles
renvoient les images du musée, de la ville et de la ria. Un peu plus
loin se dresse Maman, l’immense araignée de Louise Bourgeois.
Cette œuvre rend hommage à sa mère, qui était tisserande. L’artiste
établit un parallèle entre sa mère et l’araignée : toutes deux tissent
et construisent avec patience et persévérance. Sous son apparence
impressionnante, l’araignée devient ainsi une figure de la mère
protectrice, mais aussi de sa force et de sa fragilité
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Puis nous retournons à l’intérieur du musée. Nous
retrouvons Irène, notre guide pour ces deux jours, qui nous
présente sommairement le musée et ses trois niveaux organisés autour de
l’immense atrium central, avant de nous laisser libres de nous faire
notre propre idée des œuvres.
Au
niveau le plus bas, nous découvrons La Matière du temps (The
Matter of Time) de Richard Serra. D’immenses sculptures d’acier
s’élèvent devant nous et nous invitent à pénétrer à l’intérieur de leurs
formes monumentales.
Et là naît une sensation étrange. Des lignes, des
courbes, des parois qui se rapprochent puis s’éloignent… Notre regard
cherche en vain à comprendre cet espace. Nous avançons sans savoir
véritablement où ces formes vont nous conduire.
Nous nous sentons profondément décontenancés par ces
volumes. Ils nous entraînent presque jusqu’au vertige. À certains
moments, nous éprouvons même le besoin de nous appuyer sur les parois de
la sculpture pour retrouver notre équilibre. Une expérience étonnante,
presque déroutante, où l’art ne se contente plus de se regarder : il se
vit avec tout le corps
Après cette expérience, nous regagnons le centre du
musée, où cette architecture, dont les lignes qui s’entrecroisent nous
semblaient si étranges, apparaissent soudain légère, presque familière,
beaucoup plus naturelle. Nous retrouvons progressivement une sensation
de stabilité et d’apaisement.
Nous
accédons ensuite au niveau supérieur. Les volumes y semblent disposés de
façon presque anarchique et pourtant, curieusement, la circulation est
étonnamment fluide. Nous avançons naturellement, comme guidés par
l’architecture.
Notre parcours nous conduit jusqu’à l’immense espace
consacré à Igshaan Adams, avec son installation Soulevant la
poussière : l’archive du corps. L’artiste sud-africain y mêle
tissage, sculpture et objets trouvés. Ses œuvres interrogent notamment
la mémoire, l’identité, et le rapport au corps.
Ce qui nous frappe d’abord, ce sont les dimensions de
l’ensemble et l’énorme travail nécessaire à sa réalisation. La profusion
des matières, des formes et des couleurs attire immédiatement le regard.
En revanche, le message autour du corps, de la mémoire et de l’identité
nous paraît plus difficile à saisir.
Puis nous continuons à déambuler dans les différents
espaces consacrés à l’art contemporain. Certaines œuvres inspirées de la
culture populaire nous accrochent et nous amènent à réfléchir sur
notre époque, notre société et le monde qui nous entoure. D’autres nous
laissent plus perplexes. J’ai parfois même le sentiment que cette
culture populaire tourne en dérision ce qui est populaire, comme si elle
se moquait de son propre public.
Après près de deux heures de découvertes artistiques,
plus ou moins comprises et appréciées, nous ressortons du Guggenheim
impressionnés autant par les œuvres que par le bâtiment lui-même.
Conçu par Frank Gehry, le musée est devenu l’un
des symboles de Bilbao. Sa construction s’est déroulée entre 1993 et
1997, sur un ancien quai à vocation portuaire et industrielle. Son
revêtement de titane, de verre et de pierre calcaire, associé à ses
formes audacieuses, en a fait une véritable icône architecturale.
L’implantation du musée n’a pourtant pas fait
l’unanimité à ses débuts. Le projet suscita des critiques, notamment
autour de son coût et de la priorité donnée à la culture dans une ville
durement touchée par la crise industrielle. Depuis son inauguration en
1997, le Guggenheim est toutefois devenu un élément majeur de l’identité
de Bilbao et de sa transformation.
Puis nous retournons à notre bus, où notre guide nous
fait parcourir une grande partie du Bilbao moderne.
Au fil du trajet, nous découvrons une ville où se
côtoient les élégantes demeures de la bourgeoisie, construites à la fin
du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, les traces de son passé industriel et
les réalisations audacieuses d’architectes contemporains venus du monde
entier.
Cette métamorphose est particulièrement visible autour
d’Abandoibarra, ancienne zone portuaire aujourd’hui transformée.
Le Guggenheim de Frank Gehry en est devenu le symbole, mais il n’est pas
le seul : d’autres architectes internationaux ont également laissé leur
empreinte dans la ville.
Nous avons alors le sentiment de traverser deux époques
: celle d’un Bilbao industriel, marqué par son passé économique et
portuaire, et celle d’une ville qui revendique désormais une
architecture moderne, audacieuse et parfois spectaculaire.
Une façon, peut-être, de tourner la page d’un passé
industriel glorieux, non pas de l’effacer, mais de le transformer.
Puis
notre bus nous dépose pour flâner dans l’ancien Bilbao, le Casco
Viejo, au bord de la ria du Nervión et entouré par les reliefs des
monts Basques.
Ici, la vie basque prend tout son charme. Nous
déambulons dans les ruelles étroites et animées, bordées de petites
boutiques, qui débouchent sur des places plus aérées, comme la Plaza
Nueva, entourées de bâtiments élégants, de colonnes et de terrasses
de cafés.
Partout, les vitrines et les comptoirs nous attirent
avec leurs pintxos, ces petites bouchées emblématiques de la
gastronomie basque, joliment présentées. Elles s’accompagnent volontiers
d’un verre de txakoli, ce vin blanc basque, vif et légèrement
pétillant.
Après l’architecture spectaculaire du Guggenheim, nous
retrouvons ici un Bilbao plus ancien, plus vivant et plus chaleureux, où
l’on prend plaisir à flâner sans véritable but, simplement porté par
l’animation des rues.
Puis
vient le moment de retourner au bus pour rejoindre notre hôtel et
prendre notre repas du soir.
Le buffet rencontre un vif succès et accompagne
agréablement nos conversations, qui tournent essentiellement autour de
notre journée à Bilbao. Chacun partage ses impressions, ses découvertes
et parfois ses étonnements.
Guernica
Après une douce nuit dans cet hôtel confortable, nous
reprenons la route pour notre deuxième étape, au cours de laquelle nous
allons aborder un moment tragique de l’histoire basque : le
bombardement de Guernica, le 26 avril 1937.
Pour mieux comprendre ce drame, nous visitons le
Musée de la Paix de Gernika. Dès les premières salles, deux
attitudes semblent se dégager parmi nous. Certains sont profondément
touchés par ce témoignage de la folie et de la brutalité humaines.
D’autres, tout aussi émus un peu gêné par la bêtise humaine, souhaitent
avant tout ne pas oublier, mais aussi parvenir à tourner la page et à
regarder vers l’avenir.
Quoi
qu’il en soit, tous restent impressionnés par la mise en scène de la
maison de Begoña, qui nous fait revivre, à travers son témoignage,
le soir du bombardement
Ce qui nous touche n’est pas seulement le récit et les
mots de cette nuit tragique, mais surtout cette voix Une voix , brisée ,
lasse, tremblante fragile, accablée, parfois résignée, désespérée
Une voix qui reste gravée dans notre mémoire, comme une rengaine
lancinante qui nous répète inlassablement : n’oubliez jamais…
n’oubliez jamais …n’oubliez jamais….
Puis nous déambulons dans cette ville profondément
marquée par le bombardement du 26 avril 1937. Une grande partie de
Guernica fut détruite et la ville fut ensuite reconstruite pendant les
premières années du franquisme
Aujourd’hui, les traces matérielles du bombardement
sont peu nombreuses, mais la mémoire de l’événement reste très présente,
notamment à travers la présentation d’une immense fresque murale en
céramique de Guernica, la célèbre œuvre de Pablo Picasso, exposée
en plein air visible par
tous les passants
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Sur quelques mètres carrés fresque, Picasso est parvenu
à traduire, à sa manière, toute l’intensité et l’horreur du drame : les
corps déformés, les visages hurlants, le cheval blessé, la mère tenant
son enfant… Une œuvre devenue bien plus qu’une représentation du
bombardement de Guernica : un symbole universel de la souffrance et de
la guerre.
Mais, comme on dit, la vie continue. Après ce moment de flottement et
d’émotion, nous remercions Irène, notre guide, puis reprenons la route
en direction d’une cidrerie traditionnelle, à proximité de
Saint-Sébastien , nous faisons toutefois une petite halte pour fêter
l’anniversaire de Claude, qui nous a préparé un apéritif surprise. Un
moment convivial qui nous permet de nous retrouver autour d'un verre de
Kir avant de poursuivre notre route vers Saint-Sébastien.
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Au menu : omelette à la morue, côte de bœuf, fromage
accompagné de confiture de coings, cidre, vin et café. Un repas copieux
et convivial qui nous permet de reprendre des forces après cette matinée
riche en émotions, quelques-uns de nos adhérents, manifestement plus
expérimentés que les autres, nous font une démonstration de l’art de
servir le cidre : le verre tenu à bonne distance du tonneau, le filet de
cidre venant le remplir avec adresse.
C’est donc le ventre bien rempli que nous reprenons la
route vers Saint-Bertrand.
Et voilà, notre escapade au Pays basque espagnol se
termine.
Je garderai de Bilbao le contraste entre les immeubles bourgeois de
l’Ensanche, les traces de son passé industriel et les formes étonnantes
du Guggenheim. À l’intérieur, les œuvres de Richard Serra m’auront
particulièrement marqué. Tourner, perdre un peu l’équilibre et chercher
son chemin au milieu de ces immenses plaques d’acier restera une
expérience inattendue.
À Guernica, l’impression est tout autre. La voix
fragile du témoignage entendu au musée, racontant cette nuit du 26 avril
1937, restera probablement l’un des moments les plus forts de ces deux
journées.
Et puis il y a les moments plus simples : les ruelles
du Casco Viejo, les pintxos derrière les vitrines, les repas pris
ensemble, le cidre servi à la volée et les conversations dans le bus.
Deux journées très différentes, entre l’étonnement
devant l’architecture de Bilbao, les interrogations suscitées par
certaines œuvres et l’émotion beaucoup plus grave de Guernica.
Au fond, c’est
peut-être cela que l’on demande à un voyage : nous faire découvrir, nous
surprendre, nous émouvoir… et nous donner envie de repartir.