ESCAPADE à BILBAO

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24 et 25 Septembre 2026

  

Du musée Guggenheim à Guernica : un voyage entre art et mémoire

Petite précision : ce résumé reflète avant tout mes impressions personnelles et ma manière de vivre et de raconter ce voyage. Il ne prétend donc pas traduire automatiquement le ressenti ou le point de vue de l’ensemble du groupe. Chacun a pu avoir ses propres impressions, émotions et souvenirs personnel de ces deux journées.

Un départ à sept heures et demie de Saint-Bertrand nous mène, à midi et demi, devant le restaurant à Bilbao. Nous y sommes accueillis avec une fébrilité qui nous surprend, et l’on nous sert avec une rapidité tout aussi étonnante. À peine l’assiette est-elle vidée qu’elle nous est retirée pour laisser place à la suite. De la sangria au café, quarante-trois personnes servies en trois quarts d’heure avec une telle rapidité : c’est un record !

À peine le café servi, on nous pousse gentiment dehors et nous cheminons vers le musée Guggenheim, situé à cinq minutes à peine du restaurant.

Et là, un immense chien fleuri nous accueille : Puppy, l’œuvre de Jeff Koons, se dresse devant l’architecture spectaculaire du musée Guggenheim, conçue par l’architecte canado-américain Frank Gehry. Avec ses formes courbes et son revêtement de titane, le bâtiment évoque un immense navire échoué au bord de la rivière  du Nervión.

   

Nous faisons le tour du musée par l’extérieur et découvrons plusieurs œuvres monumentales. Nous nous arrêtons notamment devant **Grand arbre et l’œil d’Anish Kapoor**, une étonnante sculpture composée de nombreuses sphères métalliques réfléchissantes. Elles renvoient les images du musée, de la ville et de la ria. Un peu plus loin se dresse Maman, l’immense araignée de Louise Bourgeois. Cette œuvre rend hommage à sa mère, qui était tisserande. L’artiste établit un parallèle entre sa mère et l’araignée : toutes deux tissent et construisent avec patience et persévérance. Sous son apparence impressionnante, l’araignée devient ainsi une figure de la mère protectrice, mais aussi de sa force et de sa fragilité

  

Puis nous retournons à l’intérieur du musée. Nous retrouvons Irène, notre guide pour ces deux jours, qui nous présente sommairement le musée et ses trois niveaux organisés autour de l’immense atrium central, avant de nous laisser libres de nous faire notre propre idée des œuvres.

Au niveau le plus bas, nous découvrons La Matière du temps (The Matter of Time) de Richard Serra. D’immenses sculptures d’acier s’élèvent devant nous et nous invitent à pénétrer à l’intérieur de leurs formes monumentales.

Et là naît une sensation étrange. Des lignes, des courbes, des parois qui se rapprochent puis s’éloignent… Notre regard cherche en vain à comprendre cet espace. Nous avançons sans savoir véritablement où ces formes vont nous conduire.

Nous nous sentons profondément décontenancés par ces volumes. Ils nous entraînent presque jusqu’au vertige. À certains moments, nous éprouvons même le besoin de nous appuyer sur les parois de la sculpture pour retrouver notre équilibre. Une expérience étonnante, presque déroutante, où l’art ne se contente plus de se regarder : il se vit avec tout le corps

Après cette expérience, nous regagnons le centre du musée, où cette architecture, dont les lignes qui s’entrecroisent nous semblaient si étranges, apparaissent soudain légère, presque familière, beaucoup plus naturelle. Nous retrouvons progressivement une sensation de stabilité et d’apaisement.

Nous accédons ensuite au niveau supérieur. Les volumes y semblent disposés de façon presque anarchique et pourtant, curieusement, la circulation est étonnamment fluide. Nous avançons naturellement, comme guidés par l’architecture.

Notre parcours nous conduit jusqu’à l’immense espace consacré à Igshaan Adams, avec son installation Soulevant la poussière : l’archive du corps. L’artiste sud-africain y mêle tissage, sculpture et objets trouvés. Ses œuvres interrogent notamment la mémoire, l’identité, et le rapport au corps.

Ce qui nous frappe d’abord, ce sont les dimensions de l’ensemble et l’énorme travail nécessaire à sa réalisation. La profusion des matières, des formes et des couleurs attire immédiatement le regard. En revanche, le message autour du corps, de la mémoire et de l’identité nous paraît plus difficile à saisir.

Puis nous continuons à déambuler dans les différents espaces consacrés à l’art contemporain. Certaines œuvres inspirées de la culture populaire nous accrochent et nous amènent à réfléchir sur notre époque, notre société et le monde qui nous entoure. D’autres nous laissent plus perplexes. J’ai parfois même le sentiment que cette culture populaire tourne en dérision ce qui est populaire, comme si elle se moquait de son propre public.

Après près de deux heures de découvertes artistiques, plus ou moins comprises et appréciées, nous ressortons du Guggenheim impressionnés autant par les œuvres que par le bâtiment lui-même.

Conçu par Frank Gehry, le musée est devenu l’un des symboles de Bilbao. Sa construction s’est déroulée entre 1993 et 1997, sur un ancien quai à vocation portuaire et industrielle. Son revêtement de titane, de verre et de pierre calcaire, associé à ses formes audacieuses, en a fait une véritable icône architecturale.

L’implantation du musée n’a pourtant pas fait l’unanimité à ses débuts. Le projet suscita des critiques, notamment autour de son coût et de la priorité donnée à la culture dans une ville durement touchée par la crise industrielle. Depuis son inauguration en 1997, le Guggenheim est toutefois devenu un élément majeur de l’identité de Bilbao et de sa transformation.

Puis nous retournons à notre bus, où notre guide nous fait parcourir une grande partie du Bilbao moderne.

Au fil du trajet, nous découvrons une ville où se côtoient les élégantes demeures de la bourgeoisie, construites à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, les traces de son passé industriel et les réalisations audacieuses d’architectes contemporains venus du monde entier.

Cette métamorphose est particulièrement visible autour d’Abandoibarra, ancienne zone portuaire aujourd’hui transformée. Le Guggenheim de Frank Gehry en est devenu le symbole, mais il n’est pas le seul : d’autres architectes internationaux ont également laissé leur empreinte dans la ville.

Nous avons alors le sentiment de traverser deux époques : celle d’un Bilbao industriel, marqué par son passé économique et portuaire, et celle d’une ville qui revendique désormais une architecture moderne, audacieuse et parfois spectaculaire.

Une façon, peut-être, de tourner la page d’un passé industriel glorieux, non pas de l’effacer, mais de le transformer.

Puis notre bus nous dépose pour flâner dans l’ancien Bilbao, le Casco Viejo, au bord de la ria du Nervión et entouré par les reliefs des monts Basques.

Ici, la vie basque prend tout son charme. Nous déambulons dans les ruelles étroites et animées, bordées de petites boutiques, qui débouchent sur des places plus aérées, comme la Plaza Nueva, entourées de bâtiments élégants, de colonnes et de terrasses de cafés.

Partout, les vitrines et les comptoirs nous attirent avec leurs pintxos, ces petites bouchées emblématiques de la gastronomie basque, joliment présentées. Elles s’accompagnent volontiers d’un verre de txakoli, ce vin blanc basque, vif et légèrement pétillant.

Après l’architecture spectaculaire du Guggenheim, nous retrouvons ici un Bilbao plus ancien, plus vivant et plus chaleureux, où l’on prend plaisir à flâner sans véritable but, simplement porté par l’animation des rues.

Puis vient le moment de retourner au bus pour rejoindre notre hôtel et prendre notre repas du soir.

Le buffet rencontre un vif succès et accompagne agréablement nos conversations, qui tournent essentiellement autour de notre journée à Bilbao. Chacun partage ses impressions, ses découvertes et parfois ses étonnements.

Guernica

Après une douce nuit dans cet hôtel confortable, nous reprenons la route pour notre deuxième étape, au cours de laquelle nous allons aborder un moment tragique de l’histoire basque : le bombardement de Guernica, le 26 avril 1937.

Pour mieux comprendre ce drame, nous visitons le Musée de la Paix de Gernika. Dès les premières salles, deux attitudes semblent se dégager parmi nous. Certains sont profondément touchés par ce témoignage de la folie et de la brutalité humaines. D’autres, tout aussi émus un peu gêné par la bêtise humaine, souhaitent avant tout ne pas oublier, mais aussi parvenir à tourner la page et à regarder vers l’avenir.

Quoi qu’il en soit, tous restent impressionnés par la mise en scène de la maison de Begoña, qui nous fait revivre, à travers son témoignage, le soir du bombardement

Ce qui nous touche n’est pas seulement le récit et les mots de cette nuit tragique, mais surtout cette voix Une voix , brisée ,  lasse, tremblante fragile, accablée, parfois résignée, désespérée Une voix qui reste gravée dans notre mémoire, comme une rengaine lancinante qui nous répète inlassablement : n’oubliez jamais… n’oubliez jamais …n’oubliez jamais….

Puis nous déambulons dans cette ville profondément marquée par le bombardement du 26 avril 1937. Une grande partie de Guernica fut détruite et la ville fut ensuite reconstruite pendant les premières années du franquisme

Aujourd’hui, les traces matérielles du bombardement sont peu nombreuses, mais la mémoire de l’événement reste très présente, notamment à travers la présentation d’une immense fresque murale en céramique de Guernica, la célèbre œuvre de Pablo Picasso, exposée en plein air  visible par tous les passants

   

Sur quelques mètres carrés fresque, Picasso est parvenu à traduire, à sa manière, toute l’intensité et l’horreur du drame : les corps déformés, les visages hurlants, le cheval blessé, la mère tenant son enfant… Une œuvre devenue bien plus qu’une représentation du bombardement de Guernica : un symbole universel de la souffrance et de la guerre.

Mais, comme on dit, la vie continue. Après ce moment de flottement et d’émotion, nous remercions Irène, notre guide, puis reprenons la route en direction d’une cidrerie traditionnelle, à proximité de Saint-Sébastien , nous faisons toutefois une petite halte pour fêter l’anniversaire de Claude, qui nous a préparé un apéritif surprise. Un moment convivial qui nous permet de nous retrouver autour d'un verre de Kir avant de poursuivre notre route vers Saint-Sébastien.

    

Au menu : omelette à la morue, côte de bœuf, fromage accompagné de confiture de coings, cidre, vin et café. Un repas copieux et convivial qui nous permet de reprendre des forces après cette matinée riche en émotions, quelques-uns de nos adhérents, manifestement plus expérimentés que les autres, nous font une démonstration de l’art de servir le cidre : le verre tenu à bonne distance du tonneau, le filet de cidre venant le remplir avec adresse.

C’est donc le ventre bien rempli que nous reprenons la route vers Saint-Bertrand.

Et voilà, notre escapade au Pays basque espagnol se termine.

Je garderai de Bilbao le contraste entre les immeubles bourgeois de l’Ensanche, les traces de son passé industriel et les formes étonnantes du Guggenheim. À l’intérieur, les œuvres de Richard Serra m’auront particulièrement marqué. Tourner, perdre un peu l’équilibre et chercher son chemin au milieu de ces immenses plaques d’acier restera une expérience inattendue.

À Guernica, l’impression est tout autre. La voix fragile du témoignage entendu au musée, racontant cette nuit du 26 avril 1937, restera probablement l’un des moments les plus forts de ces deux journées.

Et puis il y a les moments plus simples : les ruelles du Casco Viejo, les pintxos derrière les vitrines, les repas pris ensemble, le cidre servi à la volée et les conversations dans le bus.

Deux journées très différentes, entre l’étonnement devant l’architecture de Bilbao, les interrogations suscitées par certaines œuvres et l’émotion beaucoup plus grave de Guernica.

 Au fond, c’est peut-être cela que l’on demande à un voyage : nous faire découvrir, nous surprendre, nous émouvoir… et nous donner envie de repartir.

Jean-Pierre Medard

 

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